Super Bloom : faire émerger ses ressources

Elan de vieDepuis quelques semaines, le « Death Valley National Park », l’une des zones les plus chaudes du monde, offre une toute autre image que celle d’un désert aride. Des milliers de fleurs sauvages, « des ors du désert » au jaune éclatant, de la « verveine des sables » aux tons violets, prises en photos par rangers et touristes intrigués, tapissent le sol comme pour déjouer tous les pronostics scientifiques.

Super Bloom, place à l’éclosion

Selon les spécialistes, les fleurs peuvent sommeiller pendant de longues années sous la terre aride de Californie avant de se révéler au grand jour grâce à l’action conjuguée de fortes pluies et de bonnes conditions météorologiques.

Ce phénomène baptisé « super bloom » ou « super floraison » ne se produirait qu’une fois par décennie et serait dû au célèbre phénomène El Nino, ayant engendré un temps humide à l’automne avec des précipitations peu fréquentes mais abondantes, et fait exceptionnel le 6 janvier dernier, une précipitation hors norme atteignant 25mn d’eau en une seule journée, soit l’équivalent de la moitié des pluies de l’année.

L’élan de vie

Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle entre ce phénomène naturel et le formidable élan de vie qui peut surgir en chaque être humain. Combien de personnes ont traversé un désert et ont eu cette impression de s’y abîmer, de ne jamais s’en sortir. Et pourtant, j’aime à voir que même dans les situations les plus inextricables, la magie peut opérer.

« Je fonçais droit dans le mur et seule l’envie d’en finir semblait encore avoir du sens ». Christiane, 45 ans, en arrêt maladie depuis 8 mois.

« De la chair à canon, voilà ce que j’étais pour cette boîte ». Olivia, 37 ans, en reconversion professionnelle.

« Lorsque la psychologue du travail m’a expliqué que j’étais en plein conflit de valeurs, j’ai perdu pied. Ce n’était rien par rapport aux sous-sols que j’ai visités par la suite, j’ai bien cru que je n’atteindrais jamais le fond ». Franck, 47 ans, accompagné par une cellule de souffrance au travail pour cause de burn-out.

Je suis toujours surprise de constater combien les verbatim sont singuliers, souvent imaginés, un brin caustique, parfois très crus. Ils n’en évoquent pas moins une même réalité : ce douloureux sentiment d’une voie sans issue, d’un désert qui n’en finit pas.

Le changement peut résulter d’un autre regard porté sur les choses

Le chemin n’est jamais le même, il est plus ou moins périlleux, plus ou moins long. Toutes les personnes qui s’en sont sorties attestent d’un événement souvent inattendu, qui a éveillé en elles la petite flamme qui se mourait. Telle la graine du désert qui attend impatiemment l’eau qui la fera éclore, ces personnes prennent tout à coup conscience que le changement peut résulter d’un autre regard porté sur les choses, y compris les plus courantes, les plus banales ou les plus humbles. Là où jusqu’à présent, elles n’avaient vu que souffrance, perte, abandon, elles parviennent à sublimer l’expérience qu’elles ont eue, et à entrevoir de nouvelles perspectives.

« Je trouve des rubis et des émeraudes dans un tas de fumier » – Rembrandt.

Se référant à la matière informe qui caractérise la peinture, Rembrandt aimait à dire que « c’est dans le fumier qu’il trouve des rubis et des émeraudes ». Le chemin chaotique et laborieux devient alors parcours initiatique, et tel Paul Claudel s’exclamant devant les Nymphéas de Claude Monnet, elles peuvent tout à coup laisser advenir « Mira Luti » – merveille de la boue.

La voie de la renaissance et d’un avenir meilleur est alors planté. Des bulles de joie peuvent jaillir et coloniser progressivement tout l’être.

En tant qu’accompagnante, ce sentiment de gratitude qui me gagne est à chaque fois renouvelé et intact : oui, l’être humain est plein de ressources et peut fleurir, même lorsqu’il paraît en apparence entièrement desséché.